Ce que dit la loi depuis le 1er janvier 2018
L'article 88 de la loi de finances 2016 impose à tous les commerçants assujettis à la TVA d'utiliser un logiciel ou un système de caisse "sécurisé, inaltérable, conservatoire et archivant". Cette obligation concerne aussi bien le boulanger de la rue de l'Hubac que le garagiste de la zone artisanale de Digne-les-Bains.
La sanction en cas de contrôle sans justificatif de conformité : 7 500 € d'amende par logiciel non conforme, avec obligation de se mettre en règle dans les 60 jours. Deuxième contrôle positif : une nouvelle amende de 7 500 €.
Concrètement, vous devez pouvoir présenter soit une attestation individuelle délivrée par votre éditeur de logiciel, soit un certificat délivré par un organisme accrédité (LNE, Bureau Veritas, Infocert…). Sans ce document, vous êtes en tort, peu importe la réputation de votre caisse.
Vérification 1 : avez-vous votre attestation de conformité ?
C'est la première chose à chercher. Votre éditeur de logiciel de caisse doit vous avoir remis une attestation individuelle qui précise :
- Le nom et la version du logiciel
- Votre identité (nom de la société, SIRET)
- La date de délivrance
- La conformité aux quatre critères légaux : inaltérabilité, sécurisation, conservation, archivage
Si vous avez perdu ce document, contactez votre éditeur par écrit et demandez-en un nouveau. Si l'éditeur ne peut pas vous en fournir, votre logiciel n'est probablement pas conforme.
Vérification 2 : votre logiciel est-il encore maintenu ?
Un logiciel de caisse abandonné par son éditeur devient un problème à double titre : il n'est plus mis à jour, donc potentiellement non conforme aux évolutions légales, et il devient une faille de sécurité.
Vérifiez la date de la dernière mise à jour disponible. Si votre logiciel n'a pas reçu de mise à jour depuis plus d'un an et que l'éditeur ne répond plus, vous avez un signal d'alarme.
C'est exactement le problème traité dans notre article sur les logiciels métier anciens et la migration vers un nouveau poste : un logiciel vieillissant crée des risques légaux et techniques qu'il faut anticiper avant la panne.
Vérification 3 : l'inaltérabilité des transactions est-elle réelle ?
L'un des quatre critères légaux est l'inaltérabilité. Cela signifie qu'une vente enregistrée ne peut pas être supprimée ou modifiée sans laisser de trace. Les "suppressions de lignes" ou "remises globales en fin de journée" pratiquées sur des logiciels anciens sont précisément ce que la loi cherche à éliminer.
Pour vérifier :
- Essayez de modifier ou supprimer une vente déjà enregistrée. Le logiciel doit vous proposer uniquement un avoir, pas une suppression directe.
- Consultez les journaux de transactions : ils doivent être continus, sans trou dans la numérotation.
- Le solde de caisse en fin de journée doit correspondre exactement à la somme des transactions enregistrées.
Vérification 4 : la piste d'audit est-elle activée ?
La piste d'audit (ou journal d'événements) enregistre toutes les actions effectuées sur la caisse : ouvertures de session, annulations, remises, clôtures de journée. C'est le registre qui prouve en cas de contrôle que rien n'a été manipulé.
Vérifiez que ce journal :
- Est bien activé dans les paramètres du logiciel
- Consigne l'identifiant de l'utilisateur pour chaque action
- Est conservé au minimum 6 ans (durée légale de conservation des documents comptables en France)
- Ne peut pas être effacé par un utilisateur standard
Vérification 5 : vos données sont-elles sauvegardées — et où ?
Un logiciel de caisse stocke des données critiques : historique des ventes, données clients, inventaire, statistiques. Si votre PC ou tablette tombe en panne, où se trouvent ces données ?
Trois scénarios courants :
- Logiciel cloud (SaaS) : les données sont sur les serveurs de l'éditeur. Vérifiez où les serveurs sont hébergés, et si une export de vos données est possible à tout moment.
- Logiciel installé localement : les données sont sur votre machine. Si elle casse, tout disparaît — à moins d'avoir une vraie sauvegarde externe.
- Hybride : logiciel local avec synchronisation cloud. Le plus courant aujourd'hui, mais vérifiez que la synchronisation fonctionne réellement.
La règle minimale est la règle 3-2-1 : 3 copies des données, sur 2 supports différents, dont 1 hors site. Pour les données de caisse, c'est d'autant plus important que leur perte peut bloquer votre comptabilité.
Vérification 6 : qui peut accéder à votre logiciel et avec quels droits ?
Un logiciel de caisse bien configuré distingue plusieurs niveaux d'accès :
- Caissier : enregistre des ventes, fait de la monnaie, peut faire des retours selon les règles définies.
- Responsable : peut appliquer des remises, corriger des erreurs, clôturer la journée.
- Administrateur : peut modifier les paramètres, les prix, les droits des autres utilisateurs.
Si tout le monde accède à la caisse avec le même mot de passe, ou pire, sans mot de passe, vous avez un problème. En cas de contrôle, impossible de prouver qui a fait quoi. En cas de litige interne, impossible d'identifier une erreur ou une malveillance.
Chaque employé doit avoir son propre identifiant. L'administrateur seul doit pouvoir modifier les paramètres sensibles.
Vérification 7 : votre logiciel exporte-t-il vers votre comptabilité ?
Un bon logiciel de caisse commerce doit permettre l'export des données vers votre logiciel comptable ou votre cabinet comptable. Vérifiez :
- Le format d'export disponible (FEC — Fichier des Écritures Comptables — est le format demandé par l'administration fiscale)
- La fréquence de l'export (quotidien, hebdomadaire, mensuel)
- La compatibilité avec le logiciel de votre expert-comptable
Le FEC est particulièrement important : en cas de contrôle fiscal, l'inspecteur peut demander l'export FEC de vos données de caisse. Si votre logiciel ne peut pas le générer, c'est un problème immédiat.
Vérification 8 : vos données clients sont-elles conformes au RGPD ?
Si votre logiciel de caisse stocke des données clients (nom, email, historique d'achats pour un programme de fidélité), vous êtes soumis au RGPD. Cela implique de :
- Recueillir le consentement explicite du client avant de stocker ses données
- Être capable de supprimer les données d'un client sur sa demande
- Protéger ces données contre les accès non autorisés
Notre article sur le RGPD pour les TPE/PME détaille les 8 actions concrètes à mettre en place. La plupart des éditeurs de logiciels de caisse sérieux ont adapté leurs produits depuis 2018, mais vérifiez que votre paramétrage est correct.
Vérification 9 : que se passe-t-il en cas de panne de la caisse ?
La question que peu de commerçants se posent avant la panne. Si votre logiciel plante un samedi à 10h en pleine affluence, quelle est votre procédure de secours ?
Vérifiez trois points :
- Le contrat de support de votre éditeur : délai de réponse garanti, heures de support, coût.
- La procédure de caisse manuelle : avez-vous des tickets ou un carnet de reçus manuels pour assurer la continuité ?
- La ressaisie après panne : si vous avez encaissé en mode dégradé, pouvez-vous ressaisir ces ventes dans le logiciel pour maintenir la piste d'audit ?
Pour les commerces qui ne peuvent pas se permettre une journée sans caisse — boulangeries, restaurants, pharmacies — un plan de reprise d'activité adapté à votre logiciel de caisse vaut largement son coût.
Ce que nous voyons chez les commerçants du 04
À l'atelier TECHNOTREMENT, à Digne-les-Bains, nous intervenons régulièrement chez des commerçants des Alpes-de-Haute-Provence pour des pannes informatiques qui touchent directement la caisse. Voici les situations les plus fréquentes :
- Le PC de caisse qui refuse de démarrer : souvent un disque dur en fin de vie. Si la sauvegarde n'était pas en place, les données de plusieurs mois peuvent être perdues.
- Le logiciel de caisse qui ne fonctionne plus après une mise à jour Windows : compatibilité rompue, et parfois impossibilité de revenir en arrière facilement.
- L'éditeur qui disparaît : arrêt de commercialisation du logiciel, plus de support, attestation de conformité introuvable.
- Le mot de passe administrateur oublié : plus personne ne peut modifier les paramètres, ni récupérer l'attestation de conformité.
Dans tous ces cas, une intervention rapide sur site permet souvent de débloquer la situation en quelques heures. Mais une préparation minimale évite la plupart de ces crises.
Le bon réflexe : documenter votre configuration de caisse
Notez et conservez en lieu sûr (pas seulement sur le PC de caisse) :
- Le nom exact du logiciel et son numéro de version
- Les identifiants administrateur
- Le contact support de l'éditeur
- La localisation de l'attestation de conformité (papier + scan)
- La procédure de sauvegarde et l'emplacement des sauvegardes
- Le nom et le contact de votre prestataire informatique
Ce dossier de documentation, c'est exactement le sujet traité dans notre guide sur la documentation informatique pour TPE : les 8 documents qui font gagner des heures le jour d'une panne.
FAQ : logiciel de caisse et obligations des commerçants
Mon logiciel de caisse gratuit est-il conforme à la loi anti-fraude TVA ?
Pas automatiquement. La gratuité ne dit rien sur la conformité. Un logiciel gratuit peut être certifié, un logiciel payant peut ne pas l'être. Ce qui compte, c'est l'attestation de conformité que l'éditeur doit être capable de vous fournir. Si votre éditeur ne peut pas vous remettre ce document, changez de logiciel.
Je suis en micro-entreprise, suis-je concerné par l'obligation ?
Si vous êtes exonéré de TVA (régime franchise en base), non. L'obligation ne concerne que les assujettis à la TVA. Mais si votre chiffre d'affaires dépasse les seuils de franchise et que vous devenez assujetti, l'obligation s'applique immédiatement. Vérifiez votre statut avec votre expert-comptable.
Puis-je utiliser un simple fichier Excel pour ma caisse ?
Non. Un tableur Excel ne satisfait aucun des quatre critères légaux (inaltérabilité, sécurisation, conservation, archivage). En cas de contrôle, vous êtes directement en infraction, avec une amende de 7 500 € à la clé.
Mon logiciel de caisse est sur iPad ou tablette Android : c'est valable ?
Oui, à condition que le logiciel lui-même soit certifié. Le support matériel (iPad, tablette, PC) n'a pas d'importance — c'est le logiciel qui doit être conforme. Vérifiez auprès de l'éditeur que la version mobile dispose bien de l'attestation de conformité.
Un doute sur votre logiciel de caisse ? On intervient chez vous dans le 04.
Lun, mar, jeu, ven 14h–18h • Digne-les-Bains • 06 50 81 05 81